Remodelage des voies aériennes dans l'asthme et la BPCO |
| Créé le 25/03/2005 |
Auteur : F. Chung |
(Mis à jour le 13/06/2006) |
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Sommaire
- Quelles sont les modifications de structure
dans le remodelage des voies aériennes ?
- Modifications de l'épithélium
- Dépôts dans la matrice extracellulaire
- Métaplasie muqueuse
- Augmentation de la masse musculaire lisse
- Remodelage vasculaire
- Recrutement des cellules inflammatoires
- Mécanismes du remodelage
- Corrélations physiopathologiques
- Aspects thérapeutiques
L'asthme et la bronchopneumopathie
chronique obstructive (BPCO) sont deux affections inflammatoires chroniques
des voies aériennes et du parenchyme
pulmonaire qui diffèrent notablement l'une de l'autre.
Ainsi, il existe d'importantes
différences dans les modifications de la structure pulmonaire et dans
le site principal de ces modifications entre l'asthme et la BPCO. Ces changements
de structure sont souvent appelés "remodelage des voies aériennes".
Dans l'asthme, les grosses voies aériennes tout comme les petites
voies sont structurellement altérées ; l’atteinte des petites
voies aériennes se retrouve surtout chez des asthmes sévères.
Dans la BPCO,
il existe une destruction du parenchyme pulmonaire conduisant à l'emphysème
en plus des modifications de structure qui touchent les petites bronches
et les bronchioles de diamètre inférieur à 2 mm.
Quelles sont
les modifications de structure dans le remodelage des voies aériennes
?
1. Modifications de l'épithélium
Dans l'asthme, on considère que l'épithélium des voies
aériennes est fragile et plus facilement interrompu, ce qui conduit à des
zones dénudées souvent observées dans l'asthme aigu
grave.
Dans la BPCO, on peut observer une métaplasie épidermoïde
de l'épithélium en réponse aux agressions des particules
inhalées et des gaz toxiques.
Dans l'asthme et la BPCO, il existe
une hyperplasie des cellules caliciformes.
2. Dépôts dans
la matrice extracellulaire
A la fois dans l'asthme et la BPCO
surviennent des altérations de la masse et de la composition du
réseau de polysaccharides et de protéines des structures fibreuses,
mais ces modifications touchent des sites différents.
Dans l'asthme,
un dépôt excessif de collagène interstitiel et d'autres
composants de la matrice extracellulaire tels que la fibronectine est observé sous
la membrane basale, entraînant un épaississement de celle-ci.
Cet épaississement sous-membranaire est très typique dans l’asthme.
Dans la BPCO, par
contre, ce processus est plus diffus dans la sous-muqueuse
et il est particulièrement visible dans les régions péribronchovasculaires
des petites voies aériennes.
3. Métaplasie muqueuse
A la fois dans l'asthme et la BPCO existent une métaplasie de la muqueuse épithéliale
et une hyperplasie avec hypertrophie des glandes sous-muqueuses. On observe
une augmentation du nombre et de la taille des cellules sécrétant
le mucus, ce qui conduit à un élargissement de ces glandes
trachéo-bronchiques. La métaplasie et l'hyperplasie de la muqueuse épithéliale
sont présentes à la fois dans les voies aériennes centrales
et périphériques dans l'asthme et la BPCO avec, dans la BPCO,
une présence plus marquée dans les petites voies aériennes
qui ne possèdent habituellement pas de cellules caliciformes.
4. Augmentation de la masse musculaire lisse
Dans l'asthme, la quantité de
muscle lisse présente dans les voies aériennes centrales et périphériques
est augmentée. Des données obtenues après autopsies suggèrent
la possibilité qu'il existe surtout une hyperplasie dans les grosses
voies aériennes centrales tandis que les petites voies aériennes
seraient le siège d'une hypertrophie avec peu d'hyperplasie.
Dans la
BPCO, il existe une augmentation variable de la quantité de muscle lisse
dans les grosses voies aériennes et une augmentation plus importante
au niveau des petites voies, peut être liée à une hypertrophie
musculaire lisse.
5. Remodelage vasculaire
Dans l'asthme et la BPCO on observe une augmentation
de la surface des vaisseaux sanguins des voies aériennes par rapport à des
sujets contrôles. Ceci pourrait être dû à une formation
de nouveaux vaisseaux sanguins.
6. Recrutement des cellules inflammatoires
Le recrutement des cellules inflammatoires dans la sous-muqueuse des voie
aériennes est très typique dans l’asthme et la BPCO, bien que le type des
cellules inflammatoires soit différent.
Dans l’asthme, ce sont les éosinophiles
et les cellules lymphocytaires de type CD4+, avec une augmentation des mastocytes
que l’on retrouve.
Dans la BPCO, les neutrophiles, lymphocytes
de type CD8+ et les macrophages prédominent.
Mécanismes
du remodelage
On distingue deux grandes écoles de pensée :
pour l'une, le remodelage
serait indépendant et parallèle au processus inflammatoire
et/ou serait le résultat de la réponse à ce processus
inflammatoire. La présence d'un remodelage dans l'asthme très
précoce de jeunes enfants est un argument important plaidant en faveur de
cette hypothèse. L'épithélium constituerait le site d'initiation de ce processus.
L’épithélium contribue à la programmation de la croissance normale de l’épithélium
et des cellules dans la sous-muqueuse à la naissance. Il pourrait y avoir un
défaut de l’épithélium à supprimer cette fonction.
l’autre hypothèse relie le processus
inflammatoire au remodelage. L’inflammation chronique provoquée par des processus
allergiques (e.g. dans l’asthme) ou par l’exposition à des gaz toxiques
(e.g.
dans la BPCO) pourrait en même temps activer le remodelage. Dans l'asthme,
la réparation de l'épithélium fait intervenir des libérations
de cytokines (e.g. les cytokines de type Th2 IL-13 et IL-9) et de facteurs
de croissance (e.g. le TGF-beta, transforming-growth factor beta, ou EGF,
epidermal growth factor) qui influencent les myofibroblastes sous-épithéliaux
ou les cellules musculaires lisses ou les cellules caliciformes tandis que,
dans la BPCO, les effets directs des gaz toxiques ou des particules inhalées
pourraient y contribuer.
Corrélations
physiopathologiques
Le remodelage des voies aériennes est susceptible d'agir sur 3 aspects
physiopathologiques :
1. l'hyperréactivité des voies aériennes,
2. l'obstruction bronchique chronique,
3. la perte de distensibilité des voies aériennes et des poumons.
L'épaississement de la
paroi des voies aériennes, les dépôts dans la matrice
extracellulaire et l'augmentation des glandes muqueuses contribuent à l'hyperréactivité des
voies aériennes par l'intermédiaire de considérations
géométriques : il existe alors un rétrécissement
exagéré des voies aériennes pour un même degré de
raccourcissement du muscle lisse. Ce mécanisme serait plus prononcé dans
les petites voies aériennes.
Une obstruction permanente des
voies aériennes peut résulter d'une obstruction intra-luminale
aussi bien que d'un épaississement de la paroi.
Une augmentation de la quantité de
muscle lisse pourrait signifier, quant à elle, une plus grande capacité de
la réponse contractile, contribuant ainsi à l'hyperréactivité bronchique
observée dans l'asthme. Toutefois, on ne sait pas si plus de muscle
signifie forcément plus de réponse contractile.
Des modifications du comportement
pharmacologique du muscle lisse des voies aériennes pourraient également
contribuer à une moindre réversibilité de l'obstruction
bronchique après bronchodilatateurs tels que des b2-agonistes, de même
que la distribution de la fibrose sous-épithéliale.
Le déclin plus important
du VEMS observé dans la BPCO (schéma) pourrait être dû à une
fibrose plus importante au niveau péribronchovasculaire dans les petites
voies aériennes.
Aspects thérapeutiques
Mesure du remodelage des voies aériennes en clinique
Il n'existe pas
de méthode clinique satisfaisante pour mesurer le remodelage des voies
aériennes, excepté à partir de prélèvements
directs de voies aériennes ou de poumons (e.g. par fibroscopie bronchique
et biopsies des bronches). Quelques informations peuvent être obtenues
grâce au scanner thoracique, notamment en ce qui concerne l'épaississement
des voies aériennes intrapulmonaires (imagerie) et la présence
d'une obstruction des petites voies aériennes. La validation de telles
méthodes reste à être prouvée et leur sensibilité déterminée,
mais c’est une méthode très prometteuse avec l’amélioration des types de scanners
thoraciques.
Le remodelage est un aspect très
important de la pathologie de l’asthme et de la BPCO, qui contribue à l’obstruction
bronchique chronique de ces patients. Est-ce-qu’on peut l’arrêter ou le renverser
? Est-ce-qu’on pourrait le prévenir ? Ces réponses nous manquent.
Des questions existent quant à l'intérêt
des corticostéroïdes inhalés pour réduire le remodelage
des voies aériennes. On retrouve des arguments indirects pour penser
que le traitement de l'asthme à un stade précoce avec des anti-inflammatoires
comme les corticostéroïdes inhalés peut prévenir le développement
du remodelage. Ainsi dans ces études, on retrouve une amélioration du VEMS et une
réduction des exacerbations. Il reste
à démontrer qu’il y a eu
un renversement du remodelage chez ces asthmatiques qui sont à un stade précoce
de leur maladie.
On retrouve des études qui démontrent
une réduction de l’épaississement de la sous-membrane et de l’inflammation
cellulaire après un traitement de corticoïdes inhalés de plusieurs mois,
mais on connaît bien moins l’effet sur d’autres aspects du remodelage.
D’autres études ont montré peu d’effet des corticoïdes inhalés sur l’épaississement de la sous-membrane.
Néanmoins, il est important
d’avoir un traitement de fond avec des anti-inflammatoires pour les asthmatiques
et aussi précocement que possible.
Les études de Fletcher à Londres
ont démontré que le déclin du VEMS dans la BPCO pourrait être renversé
par l’arrêt du tabac (schéma). Il n'existe aucune preuve montrant que
les corticostéroïdes inhalés puissent prévenir
le déclin de la fonction respiratoire mesurée sur trois ans. Ceci
pourrait être interprété comme un manque d’effet sur le remodelage des petites
voies aériennes. L’arrêt du tabac est donc la seule intervention qui pourrait
agir sur le remodelage.
On ne peut qu'espérer que des traitements développés plus
spécifiquement contre le remodelage (comme les anti-facteurs de croissance)
ou contre des aspects inflammatoires se montrent efficaces contre le remodelage.
Comparaison entre l'asthme et la BPCO
| |
Asthme |
BPCO |
| Inflammation cellulaire |
Lymphocytes T CD3, CD4
Eosinophiles, mastocytes |
CD8
Neutrophiles, macrophages |
| Expression de médiateurs et de cytokines |
TH2: IL-4., IL-5, IL-9, IL-13
Histamine,
LTD4,
|
TNFa, IL-8, LTB4 |
| Epaississement de la paroi des voies aériennes |
Grosses voies aériennes
Petites voies
aériennes |
Prédominant dans les petites voies
aériennes |
| Epithélium |
Fragile, dénudé |
Métaplasie épidermoïde |
| Métaplasie muqueuse |
Grosses et petites voies aériennes |
Grosses et petites voies aériennes |
| Membrane basale sous-épithéliale |
Epaissie |
Normale |
| Dépôts dans la matrice extracellulaire |
Grosses voies aériennes |
Petites voies aériennes |
| Glandes sous-muqueuses |
Hypertrophie |
Hypertrophie |
| Vaisseaux sanguins |
Augmentés dans les grosses voies aériennes |
Augmentés dans les petites voies aériennes |
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