1. DÉCOUVERTE DU
NGF
Le NGF, ou facteur
de croissance des nerfs (Nerve Growth Factor), est un polypeptide qui appartient à la famille
des neurotrophines. Il a été découvert, il y a 40 ans, par Rita Levi-Montalcini
dans des tissus de souris et de serpents et a été étudié essentiellement
pour son rôle dans la croissance et la survie des neurones. Aujourd’hui,
son rôle et son champ d’action sont envisagés de manière beaucoup plus large
et on le considère comme un nouveau médiateur de l’inflammation, en particulier
dans les processus allergiques.
2.
ORIGINE ET BIOLOGIE
DU NGF
Outre les cellules
nerveuses, le NGF est produit par un grand nombre de cellules, comme les
cellules du système
immunitaire, en particulier les lymphocytes et les mastocytes, mais également
par les cellules musculaires lisses bronchiques et vasculaires (cf. fig.1).
Différents processus (sensibilisation-provocation) ou facteurs inflammatoires (IL-1b, TNFa, cytokines TH2)
sont susceptibles d’accroître la libération du NGF et, à l’inverse, des
cellules activées par le NGF libèrent des cytokines pro-inflammatoires. Au
contraire, l’utilisation d’anti-inflammatoires, comme les glucocorticoïdes,
entraîne une diminution de la sécrétion de NGF.
La synthèse de NGF semble
accrue dans des conditions de stress expérimental chez la Souris ou le Rat (épreuves
de mise en situation de comportement agressif ou de détresse). Ces résultats
pourraient établir un rôle pour le NGF dans les relations entre psychisme
et allergie.
Le NGF exerce
ses effets par l’activation de deux types de récepteurs. L’un est un récepteur à tyrosine kinase à forte
affinité, appelé TrkA, et l’autre, un récepteur à faible affinité, appelé p75 NTR.
Ces récepteurs sont couplés aux systèmes de signalisation intracellulaire
mis en jeu dans l’inflammation : protéine kinase C (PKC), MAP-Kinases
et NF-kB. La stimulation de ces récepteurs est impliquée
dans la survie, la prolifération et la différenciation cellulaire, de même
que dans l’excitabilité neuronale et la libération de médiateurs (tableau
1). La multiplicité de ces effets explique l’intérêt de la recherche de molécules
interagissant avec les récepteurs du NGF pour découvrir de nouvelles cibles
thérapeutiques.
3. ROLE DU NGF DANS L’ASTHME (Fig 2)
3 .1. LIBERATION
DE NGF
De nombreux arguments suggèrent un rôle important du NGF
dans les phénomènes inflammatoires observés chez le patient asthmatique.
Ainsi, des concentrations élevées de NGF circulant ont-elles été rapportées
dans le sérum de patients asthmatiques et les concentrations les plus fortes
ont été détectées dans les formes les plus sévères, confortant l’hypothèse
d’une proportionnalité entre l’augmentation de NGF et la sévérité de l’inflammation.
Une augmentation de NGF a également été mise en évidence après provocation
allergénique chez le patient asthmatique, ainsi qu’après inhalation d’allergène à faible
dose. Cette augmentation est parallèle à une augmentation du nombre de mastocytes.
Enfin, in vitro, on observe une sécrétion de NGF par les fibroblastes,
les cellules épithéliales et le muscle lisse bronchique en culture, suite à une
stimulation par l’IL-1b et le TNFa.
3.2. ACTION
SUR LES CELLULES INFLAMMATOIRES
Le NGF entraîne une augmentation de la réponse Th2, importante
pour le développement des symptômes associés à l’asthme, dans lesquels les
cytokines IL-4 et IL-5 et la production accrue d’immunoglobulines E (IgE)
ont un rôle central. On a ainsi constaté, dans un modèle d’inflammation allergique
chez la Souris, que les anticorps anti-NGF diminuent les quantités d’IL-4
et d’IL-5 mais pas l’INFg dans le liquide de lavage broncho-alvéolaire,
ni le nombre de cellules inflammatoires recrutées (éosinophiles, neutrophiles,
lymphocytes et macrophages). On peut donc en conclure que le NGF joue le
rôle d’un facteur augmentant l’activation des cellules inflammatoires, présentes
en quantités identiques, puisque la quantité de médiateurs libérés est significativement
diminuée sous l’effet de l’anticorps anti-NGF.
3.3. NGF ET HYPERREACTIVITE BRONCHIQUE
De récentes observations montrent que le NGF est capable
d’induire une hyperréactivité bronchique chez le Cobaye. Cette hyperréactivité met
en jeu les fibres neurosensorielles locales et leurs médiateurs, les tachykinines
(substance P, neurokinines A et B) puisqu’un antagoniste de ces dernières
bloque l’hyperréactivité bronchique. De plus, on a constaté qu’une hyperréactivité bronchique
induite par challenge allergénique chez la Souris sensibilisée est bloquée
par un anticorps anti-NGF. Nous avons nous mêmes montré sur des bronches
humaines isolées que la sécrétion de NGF est accrue sous l’influence de l’IL-1b et que le NGF est capable d’induire par lui même une hyperréactivité.
Là encore, les fibres neurosensorielles sont impliquées puisque l’hyperréactivité induite
par le NGF est abolie par un antagoniste de tachykinines.
Toutes ces constatations tendent à montrer que le NGF
pourrait être impliqué dans l’inflammation neurogène et l’hyperréactivité bronchique
et être un chaînon en amont dans ce dernier phénomène.
3.4. NGF
ET REMODELAGE BRONCHIQUE
Plusieurs études récentes suggèrent un rôle du NGF
dans le remodelage bronchique existant dans les voies aériennes du patient
asthmatique.
4. CONCLUSION
Le NGF est impliqué dans de nombreux processus situés
en amont de l’inflammation dans la pathologie allergique. Il pourrait ainsi
constituer une cible potentielle pour de nouvelles voies de recherches thérapeutiques.
Tableau
1 : Effets du NGF
TYPE CELLULAIRE
|
EFFETS DU NGF
|
Neurones
|
Différenciation
Prolifération
Apoptose
Sensibilisation
Régulation des neurotransmetteurs
|
Cellules épithéliales
|
Prolifération (des kératinocytes)
|
Cellules musculaires lisses
|
Migration (muscle lisse vasculaire)
|
Mastocytes
|
Augmentation de la survie
Différenciation
et maturation
Dégranulation et libération de médiateurs (ex : histamine
; tryptase ; héparine ; leucotriènes
|
Basophiles
|
Libération de médiateurs (ex : histamine
; médiateurs
lipidiques)
|
Eosinophiles
|
Augmentation de la survie
Augmentation
de la cytotoxicité
Induction de chimiotactisme
Libération de médiateurs (ex :
EPO (eosinophil peroxidase) ; IL-6)
|
Lymphocytes T
|
Prolifération
Libération de médiateurs (ex :
IL-4 ; IL-5)
|
Lymphocytes B
|
Prolifération
Production d’immunoglobulines
|
Macrophages
|
Induction phagocytose
Régulation des récepteurs de surface (ex : FcgRI/II)
|
Figure 1
Différentes sources de synthèse
du NGF.
Le
NGF peut être
synthétisé par de très nombreux types de cellules inflammatoires. Il
est également capable d’activer en retour ces cellules (voir fig.2).
Enfin, des facteurs psychiques (SNC) sont capables d’amplifier la synthèse
de NGF.
Figure 2 : Effets du NGF et relations
avec l’asthme.