Tabac et Peau |
| Créé le 31/12/2005 |
Auteur : MS. Doutre |
(Mis à jour le 30/10/2006) |
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Les répercussions
de l’intoxication tabagique sur la peau sont multiples, certaines atteintes étant
bien documentées, d’autres plus contradictoires (1, 2).
La toxicité du
tabac est due à sa combustion. Il existe plus de 4 000 composés chimiques
dans la fumée dont des gaz (monoxyde de carbone), des substances irritantes
(aldéhydes, phénols…), la nicotine et ses dérivés, des goudrons… qui peuvent
agir au niveau du revêtement cutanéo-muqueux.
Le tabagisme est
responsable d’une accentuation du vieillissement cutané entraînant des modifications
du visage (smoker’s face) (3) qui s’ajoutent à celles induites par les ultra-violets
dans les zones découvertes : la peau est grisâtre, atrophique, parcourue
de ridules à disposition radiaire autour de la bouche, au niveau du canthus
externe et de rides profondes des joues.
Sur le plan histologique, il existe des anomalies des fibres élastiques secondaires à des
altérations vasculaires (diminution de la perfusion cutanée) et à une production
exagérée d’élastases et de ROL par les neutrophiles. Ces effets semblent dose-dépendants,
plus importants chez la femme du fait de l’activité anti-oestrogénique de la
nicotine mais il existe certainement des facteurs de susceptibilité personnelle
(4).
Il existe aussi
des modifications des phanères [cheveux cassants, ternes, prématurément gris
(5), ongles jaunes…] et de la muqueuse buccale (langue noire, gingivite,
parodontite…).
L’intoxication
tabagique favorise l’apparition de cancers cutanéo-muqueux (6).
Ce sont surtout des carcinomes épidermoïdes que l’on observe habituellement
au niveau de la lèvre inférieure et de la cavité buccale, pouvant survenir
sur une muqueuse saine mais le plus souvent sur des zones de kératose. Ces
lésions pré-cancéreuses, présentes chez ¾ des consommateurs de tabac au long
cours, se transforment en cancers dans 5 à 20 % des cas, après une dizaine
d’années d’évolution. Les carcinomes épidermoïdes de la région ano-génitale sont également
plus fréquents chez les fumeurs.
Le tabac n’est
pas un facteur de risque d’apparition de mélanome mais chez le fumeur, les
métastases sont plus fréquentes et la mortalité paraît plus importante.
De nombreuses études
démontrent clairement que le tabac favorise ou aggrave certaines dermatoses
inflammatoires telles que le psoriasis, la dermatite atopique (7), certains
eczémas de contact (8) mais également des affections des glandes sébacées
comme l’acné, les kystes épidermiques, surtout péri-auriculaires, les hidrosadénites
suppurées (maladie de Verneuil) (9).
Parfois, il peut
exister des manifestations allergiques à type d’urticaire ou d’eczéma du
visage, du cou, des mains, par contact direct avec différents constituants
de la cigarette (ou des allumettes…) ou par voie aéroportée.
Le tabac a également
des effets délétères sur la cicatrisation, en entraînant une vaso-constriction,
une augmentation de l’adhésivité plaquettaire et une diminution du transport
d’oxygène aux tissus. La cicatrisation est donc plus lente, avec un risque
de nécrose des lambeaux et greffes et des résultats moins satisfaisants après
chirurgie plastique.
Le tabagisme joue
aussi un rôle considérable dans la survenue d’artériopathies, que celles-ci
soient d’origine athéromateuse ou inflammatoire, comme la maladie de Buerger.
Le syndrome de Raynaud est souvent aggravé chez les fumeurs.
Les différents
produits de combustion du tabac peuvent interférer avec le métabolisme de
certains médicaments prescrits pour des affections dermatologiques, tels
que les anti-paludéens de synthèse. Il est en effet observé une moins bonne
réponse chez les patients fumeurs traités pour un lupus que chez les non
fumeurs (10).
Certaines
réactions cutanées peuvent apparaître quand on arrête de fumer … :
irritation ou dermite de contact due aux patchs de nicotine ; prurit,
urticaire secondaires à la prise de bupropion…
Mais le
tabac pourrait parfois être bénéfique… par ses effets vaso-constricteurs
et donc anti-inflammatoires, et immunosuppresseurs dans certaines dermatoses.
C’est ce qui est rapporté, le plus souvent de façon anecdotique, dans l’aphtose
buccale, le pyoderma gangrenosum, le pemphigus…
Enfin, il
ne faut pas oublier les dermatoses professionnelles, plus souvent d’origine
irritative qu’allergique survenant lors de la culture du tabac ou de la fabrication
de cigarettes.
Réf :
1/
Smith JB, Fenske NA. Cutaneous manifestations and consequences of smoking. J
Am Acad Dermatol 1996;34:717-32
2/ Bour-Guichenez
G et coll. Peau et tabagisme. Alcoologie et addictologie 2000;22:43-50
3/
Model D. Smoker’s face : an underrated clinical sign? BMJ 1985;291:1760-2
4/ Frances
C. Smoker’s wrinkles : epidemiological
and pathogenic considerations. Clin Dermatol 1998;16:565-70
5/
Trueb RM. Association
between smoking
and hair loss.
Another opportunity
for health
education against
smoking? Dermatology 2003;206:189-91
6/
De Hertog SA.
et al. Relation
between smoking
and skin cancer. J
Clin Oncol 2001;19:231-8
7/
Kramer U et al. The effect of environnemental tobacco smoke on eczema and
allergic sensitization in children. Br
J Dermatol 2004;150:111-8
8/
Linneberg A et al. Smoking might be a risk factor for contact allergy. J
Allergy Clin Immunol 2003;111:980-4
9/
Vuillet J. Tabac et pathologie des glandes sébacées. Nouv
Dermatol 2000;19:193-5
10/
Jewell ML et al. Patients with cutaneous lupus erythematosus who smoke
are less responsive to antimalarial treatment. J Am Acad Dermatol 2000;42:983-7 |
Aspect du visage dû au tabac
et
au vieillissement actinique

Langue noire

Kératose tabagique

Carcinome épidermoïde de la lèvre
inférieure

Maladie de Verneuil

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